Atelier d’écriture

PORTO 52 170313  Phare au Portugal par Virginie Pirrot

 Je ne suis pas seul

J’ai la lumière du monde, des jours paisibles, des jours furieux où elle embrasse ma lanterne, des jours de brise, des jours de houle, qui précipitent sur le vieux carreau de mon regard de lointains grains d’Orient, ou d’autres terres plus profondes encore, qui jalonnent les fonds impénétrables dont j’ai la garde fidèle.

 

J’ai le vent de la terre qui me courbe le dos ; mon grand âge me voûte, lui m’envoûte, ma colonne grince et rouille sous ses lentes poussées, ébranlant de leurs souffles mes murs fatigués. J’ai le vent de la mer ; lui, me rappelle dans une gifle d’écume que rien, pas même la plus douce vision de l’aurore, embrasant l’opale morte des flots, ne doit me séduire, m’emporter dans un chant de sirène.  J’ai mon poste, ma veille immortelle, qui pleure bien des mâts brisés sous mon aile ; et les marées, qui s’affaissent à mes pieds, en portent honteusement les vies mortes jusqu’au ciel.

 

J’ai mon âme, ma raison, le reflux de ma vie, tour à tour exsangue et remplie.

 

Non, vraiment, je ne suis pas seul.

Esther Carraud 2nde Argent