A LA DÉCOUVERTE DES MÉTIERS DU LIVRE

2ème journée

Rencontre avec un traducteur à la médiathèque Luxembourg

Pierre-Michel Pranville est traducteur indépendant de romans policiers portugais et brésiliens qu’il traduit en français. Aujourd’hui à la retraite, il a fait une licence d’espagnol et de portugais, puis a travaillé dans une compagnie de transport avant de reprendre un master puis un doctorat de portugais. Aujourd’hui, cela fait quatre ans qu’il est traducteur et ce métier le passionne.

Mais que faut-il faire pour devenir un bon traducteur ?

Selon lui, il faut non seulement avoir beaucoup étudié la langue, mais avoir également vécu dans le pays pour y acquérir le vocabulaire courant et être au plus proche de ce que veut dire l’auteur étranger.

Comment se passe réellement le travail du traducteur ?

Le traducteur a un travail d’intermédiaire entre l’auteur étranger et la maison d’édition française. Tout d’abord, il cherche des livres intéressants parmi les parutions récentes du pays, et qui vont vraisemblablement plaire au public français. Il réalise ensuite une fiche de lecture pour présenter son projet à une maison d’édition constituée de la biographie de l’auteur, d’un résumé du livre, d’un tableau critique de l’œuvre ainsi que de trente pages de traduction d’un passage intéressant. Le but est d’énoncer à l’éditeur les points forts mais aussi les points faibles du livre. Il vend en quelque sorte l’œuvre à la maison d’édition à la place de l’auteur et doit faire comprendre à l’éditeur les subtilités de l’œuvre comme par exemple les coutumes du pays énoncées dans le livre. Après un rendez-vous avec l’éditeur, le sort du livre est fixé.

Mais quelle relation le traducteur entretient-il avec l’éditeur ?

Si les relations avec l’auteur sont très vite familières, il arrive que les relations entre le traducteur et l’éditeur soient tendues. En effet, l’éditeur voyant à la première lecture les qualités et les défauts de l’œuvre, il demande souvent des changements au traducteur qui sont impossibles à faire sans trahir l’œuvre. Il faut alors tempérer et s’expliquer. C’est là que l’expression italienne « tradutore-traditore » (traduction-trahison) intervient.

Et une fois les accords faits avec l’éditeur, comment s’organise concrètement le travail de traduction ?

Le travail de traduction se divise en plusieurs étapes. D’abord, le traducteur procède à une première lecture et fait un résumé de chaque chapitre. Puis il en fait une seconde où il esquisse un premier jet de traduction, un brouillon et une liste des difficultés à relever. La troisième lecture est la traduction finale qui est suivie par la présentation à l’éditeur qui fait des remarques qui font l’objet d’une quatrième traduction avec les corrections. Ensuite, le correcteur intervient pour vérifier le sens et corriger d’éventuelles fautes, et là encore, le traducteur doit être aux aguets pour vérifier qu’il ne fait pas de contresens sur les coutumes du pays qu’il ne connait pas forcément.

Ainsi, le traducteur travaille sur quatre à six romans par an et est payé à la page. Pour les professionnels, un gros ouvrage représente environ 3600 euros et deux mois de travail à temps plein. Même si ce travail est difficile pour s’insérer, de grandes écoles forment et permettent de créer des réseaux, ce qui permet d’accéder à ce métier passionnant.

Emeline Aubertin, TL